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Chatelain Françoise et Coulon Nicole, Grand-mères des Réunionnais

Un contingent de colons et de seize "Filles du Roy" dont Françoise Chatelain et Nicole Coulon, fut embarqué à La Rochelle le 29 Mai 1673 sur "la Dunkerquoise".

Françoise Chatelain était envoyée par le directeur de l'Hospital général de Paris, la Salpetrière,...."pour estre portez en l'Isle Bourbon" selon les instruction de Louis XIV au Capitaine de Beauregard.

Nicole Coulon, autre jeune fille du Roy, est née à Paris en 1655. Elle devait être d'une famille certainement modeste, et ne dut pas recevoir l'instruction et les "bonnes éducations" nécessaires pour avoir une vie tranquille et honnête. Incarcérée à la Salpetrière à Paris, certainement pour un menu larcin, elle ne dut son salut qu'à sa volonté d'aller se marier dans les îles à quelque colon célibataire en quête de femme

Doublant le Cap de Bonne Espérance, Beauregard se détourna sur le Fort Dauphin, Madagascar pour y vendre toute une " cargaison d'eau de vie dont il crut qu'il se déferait à bon prix à Madagascar".
Il arriva dans ce comptoir le 14 janvier 1674, pour s'adonner à son commerce illicite. Son navire fut jeté à la côte le 7 mars par une tempête. Les colons restèrent donc à Fort Dauphin, où certains se marièrent.

Françoise Chatelain épousa Jacques Lelièvre un jeune enseigne de vaisseaux. Nicole Coulon Convola avec Pierre Martin, maître tailleur et couturier de l'Evêché d'Auch, "passé" à Madagascar sur l'Escadre de Perse en 1670, et qui était resté dans le comptoir Français depuis 1671.

Les festivités qui suivirent ces mariages durèrent plusieurs jours. Ce fut à ce moment que 2.000 malgaches attaquèrent les Français "dont ils pensaient débarrasser à tout jamais leur île". Ce fut le célèbre massacre de Fort Dauphin, le 27 août 1674 où périrent 75 Français. La présence du navire "le Blanc Pignon" dans la rade de Fort Dauphin fut salutaire pour les rescapés qui s'y réfugièrent.

Françoise Chatelain et son époux furent parmi les rescapés du massacre. 

Nicole Coulon, "qui avait de bonnes jambes", et Pierre Martin furent également parmi les rescapés, mais leur aventure allait encore durer quelques temps. Le "Blanc Pignon" poursuivit sa route et se dirigea vers les Indes, en faisant plusieurs escales sur la côte Est de l'Afrique, et débarqua ses passagers occasionnels à Surate. Ils ne purent s'embarquer vers leur destination initiale, l'Ile Bourbon que le 5 avril 1676, sur le hougre " Le Saint Robert". Ils arrivèrent dans cette île en mai 1676, "où les soupirants, depuis trente huit mois, avaient cessé sans doute, non pas de soupirer, mais d'espérer."...

A l'île Bourbon, Françoise Chatelain devenue veuve, épousera successivement Michel Esparon dit Latour, vers 1679, puis Jacques Carré de Talhoët vers 1685 et enfin Augustin Panon le 17 juillet 1694. Elle eut 10 enfants au total.

Nicole Coulon et Pierre Martin n'échapperont pas à la plume acerbe de Antoine Boucher: "Il a pour épouse une parisienne, qui est une vraye paresseuse; Quant à luy, il est fort laborieux, vigoureux, autant qu'il est possible de l'estre dans un âge aussi avancé que le sien; il est tous les jours à quatre heures du matin à cheval, mais c'est un vieux mutin, ennemi du genre humain, désobéissant à l'excès...ce Pierre Martin vit d'une mésintelligence extraordinaire avec sa femme et ses enfants et l'on peux dire à qui en est la faute, car ils participent tous; ...D'ailleurs fort assidus au service divin, surtout la femme qui entends tous les jours la Messe, et, à la langue près qu'elle a fort mauvaise, elle serait honnête femme." Nous noterons aussi que les Martin "cultivent assez bien leurs terres, mais ils en ont beaucoup plus, qu'ils ne peuvent cultiver, avec quatre noirs et trois négresses qu'ils possèdent. Ils ont leur résidence au Butor (quartier de St Denis) où ils élèvent leur bestiaux...50 boeufs, 8 chevaux, et 20 cabris." Cela leur donnerait quelque aisance puisqu'ils "achètent beaucoup au magasin de la Compagnie, lorsqu'ils trouvent des choses qui leur conviennent". Il auraient également possédé une autre maison près du Chaudron où il se livraient à la culture. En 1709,ils avaient de plus, en location, une terre à Ste Suzanne, pour la récolte de Riz.

Nicole finira ses jours à St Denis le 18 août 1713, son gaillard d'époux le 12 mars 1719 à près de quatre vingt dix ans.

Leur fils Antoine, né le 10 mars 1692 à St Denis, s'établit à St André. Il épousa dans cette ville, Anne Marguerite Wilman, la fille d'un flibustier repenti. Antoine Martin, aidé de ses frères, , bien que mauvais sujets, sauvèrent la culture de café de moka en 1717-1718. Boucher devenu Monsieur Desforges, leur reconnu ce mérite. Antoine mourut le 3 mars 1765 à St André, son épouse Anne Marguerite, l'avait devancé le 26 février 1758.

Sources:

- Dictionnaire de généalogie des familles de l'isle Bourbon, Camille Ricquebourg.

- Les premiers colons de Bourbon, Alfred Rosset.

- Mémoires, Antoine Boucher.